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L’un des axes de développement de l’association Ahuana a été et reste la réimplantation et l’utilisation des camélidés dans la vie socio-économique des communautés. Depuis plusieurs années, les femmes des communautés de Calpi se sont lancées dans le tissage et la création de vêtements à base de laine de lama et d’alpaga. Aujourd’hui, elles maîtrisent également la teinture de la laine, qui leur permettra de faire évoluer leurs créations. Cet article vous résume la dernière formation en date sur la teinture naturelle de la laine, réalisée par une artiste professionnelle auprès des femmes de Palacio Real et de la Moya. Et qui sait, vous pourriez vous aussi vous lancer dans la teinte après avoir découvert cette méthode naturelle et très simple !

Rendez-vous à Palacio Real donc, pour une formation animée par Monica Malo Piedra (site internet), une artiste créatrice de Riobamba. Tout le monde se mobilise et des petits groupes se forment pour se partager les tâches, qui sont nombreuses !

Etape 1 : La préparation des pelotes de laine

Deux pieds de chaise, et c’est parti ! Les femmes enroulent la laine autour des pieds pour créer des pelotes de même poids, qu’elles ficellent ensuite ingénieusement pour ne jamais emmêler les fils. Un travail fastidieux mais nécessaire pour obtenir une coloration homogène à la fin.

Etape 2 : La cueillette et le broyage des plantes

Pendant ce temps, un deuxième groupe mené par Monica va cueillir dans les champs avoisinants les plantes qui serviront à la coloration. Au menu du jour : capulis, ilapos, et marcos. Après la cueillette, il faut broyer les plantes avec des pierres pour en extraire les pigments qui donneront la couleur.

Etape 3 : Le lavage des pelotes de laine

En même temps, le feu crépite et deux marmites remplies de bicarbonate de soude et de lessive sont portées à ébullition pour y plonger les pelotes de laine. Ce processus permet de nettoyer la laine et de préparer les fibres pour la coloration grâce au bicarbonate de soude. Après une demi-heure à mijoter, les pelotes sont essorées et lavées à la main. La laine est fin prête, ne manquent plus que les colorants.

Etape 4 : La préparation des colorants

Trois plantes, Trois couleurs : Vert, jaune, et marron ! Pour cela, une marmite par type de plante, remplie d’eau et des plantes broyées, et on laisse bouillir pendant une demi-heure également, même si idéalement un délai de 3 jours est préférable pour obtenir une meilleure coloration. Les mixtures obtenues sont à première vue de la même couleur, mais Monica sait ce qu’elle fait, et le résultat va lui donner raison…

Etape 5 : Le processus de teinture

Les pelotes de laine sont propres, les colorants sont dans leurs bassines respectives, il ne reste plus qu’à préparer les fixateurs. Ce sont des produits qui permettent de fixer les pigments de couleur aux fibres de laine, pour que les vêtements gardent leur couleur d’origine et ne déteignent pas au lavage. Monica utilise deux fixateurs naturels : le sulfate de cuivre et la « piedra de alumbre » (la pierre d’Alun). Pour les préparer, rien de plus simple : mélangez à l’eau ces deux produits dans des quantités précises, et le tour est joué. Le vinaigre et le sel sont également de bons fixateurs naturels, plus faciles à trouver en commerce et plus abordables.

C’est parti pour la teinte ! Les pelotes sont divisées en 3 paquets, puis chaque paquet est respectivement plongé dans son colorant pendant quinze minutes. Ne pas oublier de bien remuer pour que la totalité des pelotes soit bien immergée. A la fin des quinze minutes, direction la bassine avec le fixateur pendant dix minutes. On se rend tout de suite compte des trois couleurs différentes que prend la laine. Il faut ensuite rincer les pelotes à l’eau, puis recommencer ce processus deux fois, trois fois en tout.

Laine d’alpaga teintée grâce aux colorants à base de capulis (vert) et ilapos (jaune).

Monica nous donne là une dernière astuce : les fixateurs ont un rôle très important dans la couleur de la laine. Pour nous le prouver, elle mélange les deux fixateurs au colorant à base de marcos, et rajoute du bicarbonate de soude dans l’un des seaux. Le résultat est bluffant : on reste dans les teintes « marron », mais on obtient 3 couleurs bien distinctes : une laine orangée, une laine plutôt beige et une laine d’une belle couleur brune.

La formation touche à sa fin, il ne reste plus qu’à faire sécher les pelotes au vent, et à laver le matériel utilisé pendant la journée. Après près de six heures de formation, les femmes ont maintenant environ un kilo de laine colorée qu’elles pourront utiliser pour leurs futures créations. Mais surtout, elles ont acquis une technique naturelle de teinture qui leur permettra sans aucun doute de créer des produits encore plus variés dans les motifs et les couleurs. Un grand merci donc, à Monica et à tous les participants à cette journée très enrichissante et instructive !