Lucy, responsable de Quilla Pacari

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Lucy, responsable de Quilla Pacari

Aidez nous à nous faire connaitre !

Ahuana fête cette année ses 20 ans. Vingt années de projets, de promotion de la culture indigène et de prise d’autonomie de la part des femmes des communautés de la parroquia de Calpi. A cette occasion, l’équipe Ahuana vous propose de partir à la rencontre de ces femmes. Entre responsables des projets et intervenants, découvrez comment le rôle et le poids de ces femmes ont évolués dans la vie des communautés. Aujourd’hui, nous vous proposons de rencontrer Lucy, jeune femme d’une vingtaine d’années en charge de l’auberge de touristes Quilla Pacari.

Bonjour Lucy, peux-tu te présenter de manière générale?

Je m’appelle Lucy, j’ai 20 ans et je viens de la communauté de San Francisco de Cunuguachay. Je suis la fille d’une des associées de l’association Quilla Pacari. Je travaille depuis bientôt un an avec l’association pour accueillir les touristes dans l’auberge Quilla Pacari : je suis là à leur arrivée, je leur fais à manger, leur donne des informations sur les activités et les communautés, et je peux également les informer sur leur voyage en Equateur. Quand il y a peu de touristes à l’auberge, j’aide aussi ma mère dans son travail domestique et avec notre troupeau.

Peux-tu nous expliquer comment fonctionne l’association Quilla Pacari ?

L’association permet de donner un travail supplémentaire pour les femmes de la communauté qui travaillent principalement aux champs. Il y a aujourd’hui environ 70% des femmes qui travaillent dans les champs selon moi, et l’autre partie va travailler en ville, à Riobamba notamment. L’association regroupe aujourd’hui une soixantaine de femmes de la communauté, qui prennent toutes part aux projets de l’association. Grâce à Quilla Pacari, il y a plus de liens et d’union entre les femmes de la communauté.

Il est important de préciser que l’association ne concerne que les femmes de la communauté : la présidente est une femme, ainsi que les deux vice-présidentes, la trésorière et toutes les participantes au projet. Les hommes peuvent bien sûr assister aux réunions et donner des coups de main, mais la parole est accordée principalement aux femmes.

Enfin, toutes les associées touchent un revenu grâce aux projets de tourisme communautaire, que sont l’auberge et la fabrique de confitures, et ce tous les deux ans.

Quels sont les projets en place à Quilla Pacari ? Et ceux à venir ?

Un des principaux projets est l’auberge Quilla Pacari, située à San Francisco de Cunuguachay, qui reçoit principalement des touristes français. Ce fût l’un des premiers projets développés par Ahuana et l’association Quilla Pacari. Il existe également une fabrique de confitures, produites avec des fruits typiques d’Equateur par les femmes de la communauté. Nous proposons ensuite ces confitures à la vente pour les touristes de passage dans l’auberge.

Nous aimerions pouvoir produire des vêtements en laine de lama et d’alpaga, comme à Palacio Real et La Moya, mais nous n’avons pas autant de lamas dans la communauté. Pour les projets à venir, nous aimerions également agrandir la capacité d’accueil de l’auberge, en créant deux nouveaux dortoirs à l’étage du bas. Mais avant cela, il faut redonner un petit coup de neuf à l’auberge, qui a déjà presque 20 ans !

Comment se passe le contact entre les touristes et la communauté ?

Très bien ! La population de la communauté est de manière générale contente de voir des touristes, et sont aussi très curieux : ils n’hésitent pas à leur demander d’où ils viennent, ce qu’ils font parmi nous, où ils vont ensuite… Il y a en général beaucoup d’échanges entre les touristes et la communauté, et c’est je pense un des points forts de l’auberge !

Comme tu l’as dit, ces projets sont uniquement gérés par les femmes de la communauté. Comment leur mise en place a-t-elle été perçue par les hommes ?

Je pense que Pierrick a su trouver les bons mots et a pris le temps pour expliquer tous les bénéfices des projets qu’il avait en tête. De plus, de par sa position de Padre, sa parole était très respectée par la population de la communauté. Aujourd’hui, les hommes sont satisfaits de ces projets, et y participent même à leur manière : ils viennent en général donner des coups de main pour améliorer une structure existante, et viennent eux-mêmes à la rencontre des touristes de passage dans la communauté.

Selon toi, qu’est ce que ces projets ont pu apporter à la communauté de San Francisco de Cunuguachay ?

Avant, les femmes travaillaient surtout dans les champs, alors qu’aujourd’hui, elles ont un autre travail, et ainsi une autre source de revenu. Aussi, cela leur permet de se réunir et d’avoir un lieu dédié à ces réunions, qui facilitent donc les échanges entre les femmes et leur entraide notamment.

De plus, grâce aux projets, il y a une certaine promotion de la culture Kichwa : en effet, faire découvrir notre culture ainsi que nos rituels aux touristes est une manière de la préserver. Il est important de conserver cette culture, puisque par exemple, il y a  moins de gens qui parlent régulièrement Kichwa dans notre communauté aujourd’hui. De manière générale, tout le monde sait parler Kichwa , mais ce dialecte est de moins en moins utilisé dans les conversations entre familles et amis. Pour continuer dans cette voie, il serait intéressant de développer un musée pour présenter nos propres légendes, qui sont nombreuses !

En dehors de l’association, observes-tu de manière générale un changement de mentalité et de comportement entre les femmes de la nouvelle génération et les femmes plus âgées de la communauté ?

Oui, tout à fait. Par exemple, les femmes les plus jeunes vont de plus en plus travailler en ville, alors que les femmes plus âgées travaillent dans les champs, et passent la plupart de leur temps à San Francisco, à s’occuper des animaux et des enfants. Cela est dû notamment au fait que les plus jeunes font plus d’études, et vont ainsi chercher du travail en ville. Aussi, la vie dans les champs est assez dure, c’est pourquoi un certain nombre de jeunes femmes préfère chercher un emploi stable en ville. Je dirais qu’il y a 50% des jeunes qui migrent vers la ville, car nous n’avons plus envie de travailler dans les champs. Nous avons besoin de quitter notre campagne pour découvrir d’autres lieux, d’autres coutumes, et notamment celles de la ville. Pour la plupart d’entre nous, nous avons fait notre scolarité en ville, et c’est aussi pour cela que l’on souhaite travailler en ville plutôt qu’à la campagne.

Aussi, les femmes de mon âge se marient plus tard que nos mères : nous attendons pour la majorité d’avoir fini nos études et d’avoir trouvé un emploi stable.

Avec cette migration des jeunes, penses-tu que les projets construits à San Francisco vont pouvoir perdurer ?

Je pense que oui, notamment parce que les enfants des femmes du projet s’y intéressent et y prennent part également. Il y a une sorte de transmission du projet entre les différentes générations de femmes dans les familles de la communauté. De plus, si l’on explique bien aux jeunes femmes qu’il est possible de travailler dans la communauté sans être tout le temps aux champs, alors elles peuvent avoir envie de participer et de faire perdurer le projet.

Pour finir, comment envisages-tu ton avenir ?

Comme la majorité des jeunes, j’aimerais aller travailler en ville, mais je ne souhaite pas perdre de vue la communauté dans laquelle j’ai grandi. J’aimerais ainsi pouvoir continuer mes études à Riobamba puis trouver un emploi stable en ville, tout en pouvant revenir quand je le souhaite voir ma famille qui vit toujours à San Francisco de Cunuguachay.

Si vous envisagez de voyager en Equateur prochainement, n’hésitez pas à passer nous voir dans les communautés de Calpi, près de Riobamba, elles représentent un point de départ idéal pour se rendre au Chimborazo, à l’Altar, à Riobamba ou encore au marché traditionnel de Guamote.

Ecrit par |2018-04-09T17:04:30+00:009 avril 2018|0 commentaire

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