L’Hacienda Pugru, lieu d’histoire et de mémoire

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L’Hacienda Pugru, lieu d’histoire et de mémoire

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A Palacio Real, une des communautés de Calpi, on découvre au détour d’un sentier un endroit chargé d’histoire : l’hacienda Pugru. Ancienne propriété agricole de la période coloniale, cette hacienda, qui a appartenu à la famille Valencia, a été entièrement rénovée par la communauté qui souhaite en faire un mémorial. Un mémorial, mais pour commémorer quoi ?

Retour rapide sur l’histoire récente des haciendas.

Un système agricole élitiste

Avant l’arrivée des colons, les populations andines cultivaient la terre comme elles l’ont toujours fait : en communauté, sans barrières ni séparations entre chaque lopin. La colonisation a balayé cette organisation, les Espagnols mettant en place leur système agricole de l’époque : les haciendas. Grandes propriétés, de plusieurs milliers d’hectares pour certaines, les haciendas étaient dirigées par une seule famille, les hacendados. Non seulement ces propriétés faisaient fi de l’organisation agricole des peuples andins, mais elles englobaient la plupart du temps les habitations de ces communautés. Ainsi, asservis, les indigènes se voyaient forcés de travailler pour les hacendados, qui en échange leur accordaient de maigres compensations, telles que la possibilité de cultiver une mini-parcelle  de terrain pour leurs propres besoins. Pendant plusieurs siècles, les paysans ont donc vécu dans un système quasi-esclavagiste, où les contremaîtres punissaient très durement les travailleurs considérés « peu productifs », tandis que les femmes étaient victimes de violences notamment sexuelles.

Après l’indépendance du pays, une certaine élite, souvent métissée, a repris la gouvernance des haciendas, faisant perdurer les grandes propriétés et ses traditions de violence et d’exploitation envers les indigènes.  Ce n’est qu’en 1964, à la suite de mouvements de protestations menés au Nord dûs à la sensibilisation du mouvement communiste et dans la Sierra Centrale par Monseigneur ProAño, que le gouvernement a publié une réforme agraire, mettant officiellement fin aux servitudes dans les haciendas et aux gigantesques propriétés agricoles.

L’histoire est donc bien récente, et les blessures encore ouvertes. Nombreux sont les paysans qui se souviennent de leurs parents, ou d’eux-mêmes, travaillant dans les haciendas. C’est dans ce contexte que les habitants de Palacio Real ont pris la décision de rénover l’hacienda Pugru qui aujourd’hui fait partie de leur héritage culturel et historique.

L’hacienda Pugru, lieu de mémoire et jardin botanique

Lieu important dans l’histoire de la communauté (la venue de Simon Bolivar dans cette hacienda, où il déclara « avoir dormi comme dans son palais » ayant donné le nom de Palacio Real au village), l’hacienda a été rénovée par les habitants, qui se la sont réappropriée en menant de nombreuses actions.

L’hacienda rénovée et ses fresques informatives

Par l’intermédiaire de mingas (travaux communautaires), les habitants de Palacio Real ont restauré l’hacienda Pugru, tout en aménageant un sentier balisé et contenant des panneaux d’information pour y arriver. Ainsi, les touristes de passage peuvent d’ores et déjà s’y rendre et admirer le travail réalisé par la communauté.

D’autre part, des fresques murales, réalisées par un artiste engagé auprès des communautés Pablo Sanaguano, décorent tout un pan de l’hacienda. Au nombre de 7, elles racontent de façon imagée l’histoire des indigènes dans les haciendas. Leur qualité et leurs sens cachés en font bien plus qu’un élément décoratif, mais un vrai déclencheur pour les personnes ayant connu cette époque : devant les fresques, les souvenirs remontent et les langues se délient.

Le jardin botanique nous livre les secrets médicinaux andins

Un grand espace à l’intérieur de l’hacienda a été aménagé en jardin botanique andin. Ici arbres, herbes, céréales se mélangent dans un labyrinthe où seules les femmes de la communauté connaissent le chemin. Elles connaissent chaque caractéristique, chaque vertu médicinale de chaque plante. De la racine aux fruits, en passant par la sève et les feuilles, tout élément a une fonction précise et distincte. Aloe vera, quinoa et arból de papel côtoient citronnelle, pissenlits et romarin pour le plus grand bonheur des touristes qui découvrent ou redécouvrent les vertus des plantes et la médicine traditionnelle andine.

De nombreux projets à venir

Aujourd’hui, tout est mis en œuvre pour que l’hacienda devienne un lieu de visite incontournable, non seulement pour les touristes étrangers mais également pour les populations andines.

Les habitants de Palacio Real vont créer un mémorial indigène, et ainsi réunir les meilleures conditions pour que des anciens travailleurs des haciendas viennent témoigner de leur expérience et se rassembler en un lieu dédié afin de se réapproprier cette époque difficile. Ce mémorial sera composé d’une reconstitution grandeur nature des habitations précaires des paysans et de l’aménagement luxueux des hacendados. Il retracera l’histoire des haciendas, à travers les fresques, mais également des textes et des objets recueillis datant de cette époque.

Un film documentaire va également être réalisé prochainement. D’une dizaine de minutes, il sera une recomposition de la vie des haciendas, et sera réalisé en Quichua. Ce sont les habitants eux-mêmes qui joueront dans le film et reconstitueront les décors et costumes d’époque.

L’hacienda Pugru est finalement une chance, non seulement pour la communauté de Palacio Real mais pour toutes les communautés. Une chance de revenir sur une page douloureuse et récente de leur histoire, et de se la réapproprier. De telles initiatives sont encore rares aujourd’hui, mais elles sont vitales pour une culture malmenée par les problèmes socio-économiques du pays.

Alors rendez-vous très bientôt, pour l’inauguration officielle de l’hacienda Pugru et pour devenir le témoin privilégié de l’histoire des peuples andins.

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Ecrit par | 2017-05-26T17:27:48+00:00 16 mai 2017|0 commentaire

A propos de l'auteur :

Portant un grand intérêt pour les pays d’Amérique Latine ainsi que pour le tourisme communautaire, j’ai choisi d’être volontaire auprès d’Ahuana pendant 6 mois pour accompagner les communautés au développement de leurs projets. Cette expérience me permet à la fois de découvrir un pays aux multiples richesses et, de participer au développement d’une nouvelle forme de voyager, plus responsable.

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